Chiens visiteurs et université vivante : quelle place pour le vivant dans l’enseignement supérieur ?

À quoi pourrait ressembler une université capable de relever les défis de l’Anthropocène ?

Cette question a traversé les échanges lors du séminaire « Éducation à l’Anthropocène », notamment à travers l’expérimentation menée à l’Université de Lorraine sur l’accueil de chiens dans les espaces de travail.

Aux côtés des deux chiens,Zelda et Newton, les participants au séminaire se sont interrogés sur la place du vivant dans une institution souvent marquée par des logiques d’organisation, de performance et de rationalisation. Loin d’être anecdotique, la présence animale est apparue comme un révélateur des relations que nous entretenons avec les autres êtres vivants et, plus largement, de la manière dont nous habitons nos lieux d’étude et de travail.

Les discussions ont souligné que l’université contemporaine tend parfois à invisibiliser les dimensions sensibles, corporelles et relationnelles de l’existence. Dans ce contexte, l’animal agit comme un médiateur. Il crée des occasions de rencontre, facilite les échanges informels et contribue à réduire les distances symboliques entre les usagers de l’université. Sa présence rappelle que les communautés universitaires sont avant tout des collectifs d’êtres vivants.

Cette réflexion rejoint les enjeux de l’éducation à l’Anthropocène car accueillir le vivant à l’université ne consiste pas seulement à tolérer la présence d’animaux, il s’agit d’apprendre à vivre avec d’autres formes de vie, à reconnaître leurs besoins propres et à construire des relations fondées sur l’attention et la réciprocité plutôt que sur la seule utilité.

Les échanges entre les participants au séminaire ont mis en lumière la nécessité de dépasser une vision instrumentale de l’animal. La médiation animale ne peut se limiter à un outil destiné au bien-être humain. Elle invite au contraire à développer une culture de l’observation, de l’écoute et du respect des signaux exprimés par l’animal. Cette attention portée à l’autre vivant conduit également à questionner nos propres rapports de pouvoir, nos pratiques éducatives et nos modes de relation au sein de l’institution.

Dans cette perspective, la présence animale pourrait devenir un support pédagogique particulièrement fécond. Elle favoriserait le développement de compétences essentielles pour le monde à venir : l’empathie, l’attention, la coopération, la capacité à prendre en compte des formes d’expression différentes des nôtres. Elle rappelle également que le savoir ne se construit pas uniquement dans l’abstraction, mais aussi dans l’expérience vécue et la relation.

Le projet expérimental de présence de chiens porté par l’Université de Lorraine s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur l’université de demain. Une université plus hospitalière, plus inclusive et plus attentive aux différentes formes de vie qui la traversent. Une université qui ne se contente pas d’enseigner les enjeux de l’Anthropocène, mais qui cherche aussi à les mettre en pratique dans son fonctionnement quotidien.

En réintroduisant le vivant au cœur des espaces académiques, cette expérimentation ouvre des pistes concrètes pour repenser les environnements d’apprentissage. Elle montre qu’un chien qui accompagne son maître au travail peut devenir bien davantage qu’un simple compagnon : un acteur discret mais puissant d’une transformation culturelle et éducative.

Le prochain séminaire aura lieu le vendredi 16 octobre 2026 et débutera par une séance de médiation animale organisée par Claire Lahuerta et Vincent Jeannot