Lancement officiel du projet IMPACT ABR (I-SITE Lorraine)

Rencontre avec Sophie Payot Lacroix, porteuse scientifique du projet IMPACT Antibiorésistance (ABR), officiellement lancé.

Factuel : Pouvez-vous nous présenter votre projet IMPACT et préciser quel grand défi il vise à relever ?

Sophie Payot Lacroix : Le projet Impact Antibiorésistance s’inscrit dans plusieurs défis identifiés par l’Initiative d’Excellence Lorraine : « enjeux globaux de santé du 21e siècle », « transition écologique » et « transitions de la société ». L’antibiorésistance, c’est-à-dire la résistance des bactéries à un ou plusieurs antibiotiques, cause près de 4500 décès en France par an. Au niveau mondial, elle pourrait devenir la première cause de mortalité devant le cancer à l’horizon 2050. La santé humaine n’est pas la seule concernée. Les animaux d’élevage ou de compagnie peuvent également souffrir du manque d’efficacité des traitements antibiotiques. Les bactéries résistantes ou leurs gènes de résistance se diffusent également dans l’environnement (sol, eau, air, faune et flore) depuis les effluents d’activités humaines, agricoles ou industrielles. Les différents écosystèmes sont interconnectés et il convient donc d’aborder la problématique de l’antibiorésistance avec une vision globale (santé unique ou « One Health »). Les citoyens doivent être mobilisés afin d’être conscients de cette menace en santé publique autant qu’en santé du vivant et devenir acteurs au même titre que les professionnels des différents secteurs. Le projet Impact Antibiorésistance se focalisera sur la dissémination de gènes d’antibiorésistance dans les écosystèmes avec un volet environnemental fort. L’objectif principal est d’en caractériser les mécanismes, d’identifier des facteurs d’aggravation ou des effets barrière, et de proposer des stratégies pour limiter la dissémination de gènes de résistance. Un volet important visera également à comprendre et développer l’engagement de la société dans la lutte contre l’antibiorésistance.

Factuel : Pouvez-vous expliquer en quoi votre projet se distingue par son approche interdisciplinaire et comment envisagez-vous la coordination entre les différents acteurs pour garantir une dynamique de recherche agile et efficace ?

Sophie Payot Lacroix : Le projet va aborder la question de la dissémination de l’antibiorésistance en se focalisant sur un même modèle d’étude avec une vision multi-échelle (niveau moléculaire, cellulaire, microbiote, environnement/agroécosystème). Pour le volet environnemental, trois types d’interface entre activités humaines et environnement seront étudiés : le système agricole, des dispositifs aquaponiques et les stations d’épuration urbaines. Treize laboratoires de recherche lorrains et leurs partenaires locaux et nationaux, et 7 plateformes techniques seront mobilisées dans ce projet pour apporter les multiples compétences (biochimie, biologie structurale, microbiologie, médecine, écologie, ingénierie des procédés, zootechnie, agronomie, sciences de l’éducation, sciences de la communication, psychologie) nécessaires au projet. Les études expérimentales seront pilotées par des workpackage leaders, afin d’assurer une coordination efficace entre les différentes équipes. Pour garantir une approche intégrée, le projet s’appuiera sur un dialogue interdisciplinaire, animé par une chercheuse spécialisée en médiation scientifique. Cette dynamique collective permettra de confronter les perspectives et de construire un discours clair et accessible, destiné au grand public. Les compétences en médiation scientifique, sciences de la communication, sciences de l’éducation et psychologie, réunies au sein du consortium, joueront un rôle clé. Elles faciliteront l’appropriation par la société des enjeux liés à l’antibiorésistance dans le vivant, en traduisant les résultats scientifiques en messages adaptés à différents publics.

Factuel : Quelles sont les prochaines actions prévues pour votre projet IMPACT dans les mois ou années à venir ?

Sophie Payot Lacroix : Plusieurs workshops ont été organisés ou soutenus lors de la phase de maturation du projet Impact Antibiorésistance. Ce début d’année 2026 marquera le lancement officiel du projet avec un kick-off meeting programmé le 30 janvier prochain à la Faculté des Sciences et Technologies de Vandoeuvre-les-Nancy. La matinée sera consacrée à la présentation des objectifs des différents workpackages, entrecoupée de séminaires donnés par des intervenants extérieurs (format hybride prévu). L’après-midi sera dédié à la première réunion du Comité de pilotage élargi du projet.

Les actions de médiation socio-scientifiques et d’éducation visant à l’appropriation des enjeux One Health de l’antibiorésistance par la société seront déclinées au cours des 4 années du projet. Elles découleront d’une évaluation initiale qui sera réalisée au cours de la première année (sondage IPSOS, analyse de corpus médiatique, interviews) et du travail interdisciplinaire qui sera engagé pour construire le message à destination du grand public. Une interaction forte avec le dispositif ORION est prévue.

Des actions de médiation scientifique seront programmées au fur et à mesure de l’avancement des recherches des deux workpackages expérimentaux (WP2 dédié à l’étude in vitro et in vivo des mécanismes et des facteurs aggravants de la dissémination de gènes d’antibiorésistance et WP3 dédié au volet environnemental avec des études terrain à la ferme, en contexte aquaponique, et enfin dans le contexte du traitement des eaux usées urbaines).

Dès la première année, des propositions seront formulées sur le volet formation pour enrichir l’offre existante et proposer des mutualisations entre formations.